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31 juillet 2026

RGAA : 5 erreurs d'accessibilité fréquentes en PME

Depuis juin 2025, l'EAA impose l'accessibilité web aux PME de plus de 10 salariés. 5 erreurs RGAA fréquentes et comment les corriger sans refonte complète.

RGAA : 5 erreurs d'accessibilité fréquentes en PME
Franck Boué
Franck Boué

9 min de lecture

AccessibilitéRGAASite vitrinePME

Depuis le 28 juin 2025, l'European Accessibility Act (EAA) a changé la donne pour les PME françaises : l'obligation d'accessibilité numérique, longtemps réservée au secteur public et aux très grandes entreprises, s'applique désormais à toute société de plus de 10 salariés ou réalisant plus de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires (Accessiway, 2026). Un an après l'entrée en vigueur du texte, le constat est sans appel : les grandes entreprises ont largement engagé leur mise en conformité, mais la plupart des PME et micro-entreprises restent à la traîne, souvent sans même savoir qu'elles sont concernées (A3 Web, 2026). Voici les 5 erreurs d'accessibilité les plus fréquentes sur les sites vitrines de PME, et comment les corriger sans refonte complète.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Réglementation et montants constatés fin juillet 2026 — vérifiez les évolutions éventuelles sur accessibilite.numerique.gouv.fr avant toute décision.

À Retenir

  • Depuis le 28 juin 2025, l'European Accessibility Act s'applique à toute entreprise de plus de 10 salariés ou plus de 2 M€ de CA proposant un service numérique.
  • Une non-conformité expose à une amende pouvant atteindre 50 000 € par service numérique, cumulable avec 25 000 € pour absence de déclaration d'accessibilité (WebConforme, 2026).
  • Sur les pages web françaises analysées en 2026, les liens non explicites (68,8 %) et les contrastes insuffisants (61,4 %) restent les défauts les plus répandus (RGAA Checker, 2026).
  • La plupart de ces erreurs se corrigent en quelques heures, sans refonte du site.

Qui est concerné par l'obligation d'accessibilité en 2026 ?

Personne en fauteuil roulant utilisant un ordinateur, symbole de l'accessibilité numérique

Deux régimes coexistent, et il est facile de les confondre. Le RGAA (Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité) s'applique de plein droit aux organismes publics, et aux entreprises privées seulement au-delà d'un seuil de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel moyen sur les trois derniers exercices (accessibilite.numerique.gouv.fr, 2026) — un seuil hors de portée de l'immense majorité des PME.

C'est l'European Accessibility Act qui change la situation pour les petites structures. Entrée en application le 28 juin 2025 (ordonnance 2023-859, décret 2023-931), elle couvre les services numériques du secteur privé — e-commerce, banque en ligne, transport, télécoms, médias — dès qu'une entreprise dépasse 10 salariés ou 2 millions d'euros de chiffre d'affaires ; l'exemption ne s'applique qu'aux structures qui restent simultanément sous les deux seuils (Accessiway, 2026). Concrètement, un cabinet ou un artisan indépendant sans salarié échappe souvent à l'obligation légale directe, mais dès qu'une PME grandit ou vend en ligne, elle entre dans le périmètre. Les contrôles, assurés selon les secteurs par l'Arcom, la DGCCRF, l'ACPR ou l'AMF, ont commencé fin 2025, avec un objectif annoncé de 2 000 audits par an ; les premières sanctions sont tombées en 2026 (WebConforme, 2026).

Pourquoi l'accessibilité web reste-t-elle un point faible des sites vitrines ?

Le constat chiffré est préoccupant. Une analyse de 285 pages web françaises menée entre le 11 juin et le 11 juillet 2026 montre que les erreurs d'accessibilité restent la norme plutôt que l'exception, et non l'apanage de quelques sites mal conçus (RGAA Checker, 2026). Le risque n'est pas seulement juridique : un site inaccessible exclut aussi une partie réelle des visiteurs (déficience visuelle, motrice, cognitive, ou simplement navigation au clavier ou en plein soleil sur mobile), et les critères d'accessibilité recoupent largement les bonnes pratiques SEO — structure sémantique, alt text, hiérarchie de titres.

Ces erreurs recoupent d'ailleurs largement celles listées dans notre audit des erreurs les plus fréquentes sur les sites vitrines. Chez Le Linter, nous avons appliqué cette check-list à notre propre site avant de la publier : notre outil de scan gratuit a détecté chez nous-mêmes l'absence d'un lien d'évitement et des liens ouvrant un nouvel onglet sans l'annoncer aux lecteurs d'écran — deux des cinq erreurs listées ci-dessous. Les corriger a pris moins d'une journée de développement.

Erreur n°1 : les liens non explicites et sans intitulé clair

C'est le défaut le plus répandu : 68,8 % des pages analysées contiennent des liens dont le texte ne permet pas de comprendre la destination hors contexte — les fameux « cliquez ici » ou « en savoir plus » répétés sans précision ; 53,7 % des pages contiennent en plus des liens totalement sans intitulé (icône seule, image sans texte alternatif) (RGAA Checker, 2026). Un utilisateur de lecteur d'écran qui parcourt une page par liste de liens ne perçoit que ce texte, sans le paragraphe autour — s'il lit dix fois « en savoir plus », il ne sait plus lequel mène où.

Correction : remplacer chaque intitulé générique par un texte descriptif (« Consulter nos tarifs » plutôt que « cliquez ici »), et ajouter un attribut aria-label sur les liens-icônes qui doivent rester visuellement compacts.

Erreur n°2 : des contrastes de texte insuffisants

Second défaut le plus fréquent : 61,4 % des pages présentent un contraste de texte inférieur au seuil recommandé de 4,5:1 pour le texte courant (RGAA Checker, 2026). C'est souvent un effet de bord du design : un gris clair sur fond blanc a l'air élégant sur un écran calibré, mais devient illisible en plein soleil, sur un écran bas de gamme, ou pour une personne malvoyante.

Nuancier de couleurs avec loupe, illustrant le contrôle de contraste visuel

Correction : passer chaque paire texte/fond du site dans un vérificateur de contraste (WebAIM Contrast Checker, ou directement les DevTools de Chrome/Firefox) et ajuster les teintes de gris clair vers des valeurs plus foncées. C'est une correction CSS pure, sans impact sur la structure du site.

Erreur n°3 : l'absence de lien d'évitement pour la navigation au clavier

60,4 % des pages analysées ne proposent aucun lien d'évitement (« skip link ») permettant à une personne naviguant au clavier de sauter directement au contenu principal sans retraverser tout le menu à chaque page (RGAA Checker, 2026). C'est exactement le défaut que notre propre scan a détecté sur lelinter.fr avant correction : sans ce lien, une personne qui ne peut pas utiliser de souris doit appuyer sur la touche Tab dix ou quinze fois avant d'atteindre le premier paragraphe de chaque page.

Clavier d'ordinateur sur un bureau, illustrant la navigation sans souris

Correction : ajouter un lien « Aller au contenu » en tout premier élément du <body>, visuellement masqué mais qui redevient visible au focus clavier, pointant vers un id posé sur la balise <main>. Quelques lignes de composant, aucun impact visuel pour les autres visiteurs.

Erreur n°4 : une hiérarchie de titres et une structure sémantique défaillantes

47,7 % des pages présentent une hiérarchie de titres incohérente (un H3 avant un H2, plusieurs H1 sur la même page, des niveaux sautés), et 49,8 % une structure documentaire globalement défaillante (RGAA Checker, 2026). Ces titres ne sont pas qu'une question de mise en forme visuelle : un lecteur d'écran les utilise comme table des matières pour naviguer directement d'une section à l'autre, et Google les utilise pour comprendre la structure d'une page.

Correction : vérifier qu'il n'existe qu'un seul H1 par page, que les niveaux s'enchaînent sans saut (H2 puis H3, jamais H2 puis H4 directement), et remplacer les blocs mis en gras en grande taille par de vrais balises de titre.

Erreur n°5 : les changements de contexte non annoncés

Ouvrir un lien dans un nouvel onglet sans le signaler est un classique — visuellement anodin, mais problématique pour un utilisateur de lecteur d'écran qui perd le fil et dont le bouton « retour » du navigateur ne fonctionne plus une fois le nouvel onglet ouvert. C'est la seconde erreur détectée sur notre propre site : trois liens (réseaux sociaux en pied de page, prise de rendez-vous) ouvraient un nouvel onglet sans annonce.

Écran affichant du code HTML, illustrant le balisage sémantique et les attributs ARIA

Correction : ajouter un texte masqué (sr-only, visible uniquement des technologies d'assistance) du type « (nouvel onglet) » sur chaque lien concerné, et vérifier que les composants interactifs personnalisés (menus déroulants, accordéons, modales de cookies) portent les bons attributs ARIA (aria-expanded, aria-controls) pour rester compréhensibles sans repère visuel.

Comment auditer et corriger son site sans repartir de zéro ?

La bonne nouvelle : ces cinq erreurs représentent l'essentiel des non-conformités et se corrigent presque toujours sans refonte. La méthode qui fonctionne pour une PME sans équipe dédiée :

  1. Auditer d'abord : passer les pages principales du site dans un outil de scan automatisé (notre outil de scan gratuit couvre notamment le lien d'évitement et les changements de contexte non annoncés, en complément d'un audit RGAA manuel pour les critères non détectables automatiquement).
  2. Prioriser par volume de trafic : corriger d'abord la page d'accueil et les pages qui génèrent le plus de visites, pas l'ensemble du site en une fois.
  3. Traiter les correctifs par lots homogènes : tous les liens en une passe, tous les contrastes en une autre — c'est plus rapide que de corriger page par page.
  4. Republier une déclaration d'accessibilité à jour, obligatoire dès lors que l'entreprise entre dans le périmètre de l'EAA, avec un état de conformité honnête (une déclaration mensongère est elle-même sanctionnable, jusqu'à 25 000 €) — voir par exemple notre propre déclaration d'accessibilité.
  5. Refaire un audit après correction pour vérifier que rien n'a régressé, notamment sur mobile.

Un audit complet et les corrections des cinq erreurs ci-dessus tiennent généralement en quelques jours de travail pour un site vitrine classique — largement moins cher qu'une amende de 50 000 € ou qu'une refonte complète engagée dans l'urgence après une mise en demeure.

Questions fréquentes

L'accessibilité web concerne-t-elle vraiment les petites PME ? Oui, dès qu'une entreprise dépasse 10 salariés ou 2 millions d'euros de chiffre d'affaires et propose un service numérique (site marchand, prise de rendez-vous en ligne, espace client), elle entre dans le périmètre de l'European Accessibility Act depuis le 28 juin 2025 (Accessiway, 2026).

Quelle est la différence entre le RGAA et l'European Accessibility Act ? Le RGAA s'applique de plein droit au secteur public et, côté privé, seulement aux entreprises dépassant 250 millions d'euros de chiffre d'affaires. L'EAA élargit l'obligation aux PME dépassant 10 salariés ou 2 millions d'euros de CA (accessibilite.numerique.gouv.fr, 2026).

Quel est le risque financier réel en cas de non-conformité ? Jusqu'à 50 000 € par service numérique non conforme, cumulable avec 25 000 € pour absence de déclaration d'accessibilité ou déclaration mensongère, et des astreintes journalières en cas de manquement persistant (WebConforme, 2026).

Faut-il refaire tout le site pour être conforme ? Non. Les erreurs les plus fréquentes (liens peu clairs, contrastes, lien d'évitement, hiérarchie de titres, changements de contexte non annoncés) se corrigent au niveau du composant ou du CSS, sans toucher à l'architecture du site.

Comment savoir si mon site a ces erreurs ? Un scan automatisé donne un premier état des lieux rapide sur les critères détectables techniquement ; il doit être complété par une relecture manuelle pour les critères qui demandent un jugement humain (pertinence des textes alternatifs, ordre de tabulation, etc.).


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