22 juillet 2026
Prospection Email RGPD : les Règles B2B et B2C en 2026
Consentement obligatoire en B2C, simple opposition suffisante en B2B : les règles de prospection par e-mail selon l'article L.34-5 du CPCE, à jour en 2026.

6 min de lecture
Un client professionnel et un particulier ne se démarchent pas par e-mail selon les mêmes règles. La confusion entre les deux régimes est l'une des sources d'erreur les plus fréquentes chez les PME qui font leur propre prospection, et une décision du Conseil constitutionnel du 25 juin 2026 vient encore compliquer le tableau. Voici ce qui s'applique réellement.
À Retenir
- En B2C, la prospection par e-mail exige un consentement préalable (opt-in) ; en B2B, une simple possibilité d'opposition (opt-out) suffit si le message concerne l'activité du destinataire
- L'exception « client existant » (soft opt-in) permet de démarcher sans consentement préalable pour des produits similaires, avec opposition facile à chaque envoi
- Le Conseil constitutionnel a censuré le 25 juin 2026 le cumul de sanctions entre CNIL, DGCCRF et ARCEP pour les mêmes faits
- Dans tous les cas : information claire, moyen d'opposition gratuit et traçabilité de l'origine des données restent obligatoires
Quelle est la règle de base entre B2B et B2C ?
L'article L.34-5 du Code des postes et des communications électroniques pose le principe : la prospection directe par e-mail est interdite sans consentement préalable du destinataire (Légifrance, article L34-5). C'est le régime opt-in, qui s'applique par défaut à toute prospection vers un particulier.

Pour la prospection entre professionnels, le régime est plus souple : une adresse e-mail professionnelle nominative peut être démarchée sans consentement préalable, à condition que le message concerne la fonction du destinataire et qu'il dispose d'un moyen simple et gratuit de s'y opposer à chaque envoi. C'est le régime opt-out.
L'exception du client existant (soft opt-in)
Le même article L.34-5 prévoit une exception souvent méconnue : la prospection par e-mail est autorisée sans consentement préalable si les coordonnées du destinataire ont été recueillies à l'occasion d'une vente ou d'une prestation de services, et à condition que le message porte sur des produits ou services analogues à ceux déjà fournis. Le destinataire doit toujours pouvoir s'opposer facilement et gratuitement, à chaque message.
Concrètement : si un client a acheté un produit chez vous, vous pouvez lui proposer des produits similaires par e-mail sans lui redemander son consentement, tant qu'un lien de désinscription fonctionnel figure dans chaque envoi.
Que change la décision du Conseil constitutionnel du 25 juin 2026 ?
Le 25 juin 2026, le Conseil constitutionnel a censuré, dans sa décision n° 2026-1210 QPC, le cumul des poursuites entre trois autorités (CNIL, DGCCRF et ARCEP) pour les mêmes faits de prospection sans consentement (Conseil constitutionnel, 2026). Le Conseil a jugé que ce cumul violait le principe de nécessité des peines.

Attention : ce n'est pas la règle de fond (opt-in B2C, opt-out B2B) qui est remise en cause, seulement la possibilité pour plusieurs autorités de sanctionner séparément les mêmes faits. Depuis la décision, dès qu'une autorité engage des poursuites, les deux autres ne peuvent plus poursuivre la même personne pour les mêmes faits. Le Conseil a reporté l'abrogation complète du dispositif au 31 octobre 2027, le temps que le législateur corrige le texte.
Quelles obligations restent identiques dans tous les cas ?
Que vous soyez en B2B ou en B2C, trois obligations s'appliquent systématiquement selon la CNIL (CNIL, 2026) :
- Information claire : le destinataire doit savoir qui lui écrit et pourquoi.
- Moyen d'opposition gratuit : un lien ou une adresse de désinscription fonctionnelle dans chaque message.
- Traçabilité de l'origine des données : vous devez pouvoir justifier d'où provient l'adresse e-mail utilisée.
Le principe rejoint ce que nous détaillions dans notre article sur les pixels de suivi dans les e-mails : la CNIL applique la même logique de transparence et de contrôle utilisateur à l'ensemble des pratiques d'emailing, pas seulement au tracking. C'est la même exigence de traçabilité qui s'applique à la gestion des cookies sur un site web : une preuve de consentement ou d'origine vérifiable, pas une simple case cochée.
Ces trois obligations s'appliquent indépendamment du régime (opt-in ou opt-out) et indépendamment de la taille de votre entreprise. Une TPE qui envoie sa propre newsletter via un outil grand public reste tout autant concernée qu'un grand groupe disposant d'un service juridique dédié.
Appliquer ces règles concrètement dans votre outil d'emailing
Chez Le Linter, quand nous mettons en place ou auditons des campagnes emailing pour nos clients, l'erreur qu'on observe le plus souvent n'est pas mauvaise foi mais confusion : une seule liste de contacts sert à la fois pour du B2B et du B2C, sans que personne n'ait vérifié quel régime s'applique à qui. Le résultat, ce sont des envois à des particuliers sans consentement préalable, alors même que l'entreprise pensait respecter les règles parce qu'elle les respectait déjà côté professionnels.
Trois vérifications simples permettent de sécuriser votre prospection :
- Segmentez vos listes : particuliers (opt-in strict) et professionnels (opt-out possible sous conditions) ne suivent pas les mêmes règles de collecte.
- Vérifiez que votre outil d'emailing (Brevo, Mailchimp, HubSpot) inclut un lien de désinscription fonctionnel sur chaque template, pas seulement sur la newsletter principale.
- Documentez l'origine de chaque liste : formulaire de contact, achat en ligne, salon professionnel. En cas de contrôle, cette traçabilité fait la différence. Si vous envisagez d'acheter un fichier de contacts plutôt que de le constituer vous-même, notre article sur l'achat de fichiers e-mail et le RGPD détaille les risques spécifiques à cette pratique.
FAQ : Questions Courantes
Puis-je démarcher un client professionnel sans son consentement préalable ?
Oui, sous conditions : l'adresse doit être nominative et professionnelle, le message doit concerner la fonction du destinataire, et il doit pouvoir s'opposer facilement et gratuitement à chaque envoi. C'est le régime opt-out prévu par l'article L.34-5 du CPCE.
Le soft opt-in s'applique-t-il aussi en B2B ?
L'exception client existant s'applique surtout au B2C, où elle permet de contourner l'exigence de consentement préalable pour des produits similaires. En B2B, le régime opt-out est déjà plus souple par défaut, donc le soft opt-in y est moins déterminant.
La décision du Conseil constitutionnel change-t-elle les règles de consentement ?
Non. Elle censure uniquement le cumul de sanctions entre CNIL, DGCCRF et ARCEP pour les mêmes faits, pas les règles de fond sur le consentement. Les régimes opt-in (B2C) et opt-out (B2B) restent inchangés.
Que risque une entreprise qui prospecte sans respecter ces règles ?
Une sanction par l'autorité compétente (CNIL, DGCCRF ou ARCEP), désormais limitée à une seule procédure par les mêmes faits depuis la décision du 25 juin 2026. Le montant dépend de la gravité et de la récidive.
Dois-je redemander le consentement de toute ma base existante ?
Non, si les coordonnées ont été recueillies légalement à l'occasion d'une vente ou prestation, et que vous ne démarchez que des produits similaires avec un moyen d'opposition fonctionnel. Un changement de finalité (produits sans rapport) nécessiterait en revanche un nouveau consentement.
Un doute sur votre propre prospection ?
Les règles varient selon votre audience et votre historique client. Parlons-en : on regarde ensemble comment vos listes sont constituées et ce qu'il faut ajuster pour rester conforme.
